Perdu dans la salade à Yuma…

L’histoire de Yuma commence après l’achat par les USA de la “parcelle Gasden” et elle est liée à la “piste des immigrants” passant chez les Apaches Chiricahuas (voir chapitre 1). Les colons se destinant à la Californie devaient en effet franchir le Colorado à un moment ou un autre. Le grand fleuve, à cette époque, est encore sauvage et puissant (il noiera la ville de Yuma en 1862), et Yuma offre l’un des seuls passages à peu près sûrs. Le gouvernement américain y met un fort, puis peu après des hameaux se forment autour des points d’arrivée et de départ des ferry boats. L’introduction de la navigation à vapeur sur le Colorado renforce encore l’importance du passage, qui permet la transition des marchandises entre la route et le fleuve. Puis, l’arrivée du chemin de fer rend la navigation obsolète (mais donne aussi l’arrière plan du fameux 3h10 pour Yuma) et la petite ville retombe dans son sommeil. Elle ne compte que 1500 habitants autour de 1900.

En 1902, avec le Reclamation Act, le Congrès américain ouvre la voie au développement de l’irrigation dans l’ouest du pays, en proposant des investissements fédéraux qui devront être remboursés, à terme, par les usagers. Yuma voit l’un des premiers projets, approuvés en 1905. L’idée est de détourner une partie des eaux du fleuve et de l’utiliser pour irriguer à la fois une partie de la futur Imperial valley et des terres situées en Arizona, en rive gauche du Colorado. Pour cela, un siphon est réalisé qui permet aux eaux détournées en rive droite de passer sous le fleuve puis de réapparaître à l’est… En 1912 le système commence à opérer. Il sera étendu au fur et à mesure par de nouveaux systèmes de canaux liés aux barrages construits sur le Colorado entre les années 1930 et 1950.

Autour de Yuma, l’empire du maraîchage
Avec la disponibilité en eau, des sols riches, 350 jours de soleil par an et le train pour exporter les productions, la zone est idéale pour le maraîchage. Yuma devient célèbre comme centre de production de salade, au point qu’on y tient en mars un “festival de la salade”. La commune est le 3e producteur de produits maraîchers des USA, et fournit 90% des salades consommées dans le pays durant l’hiver, notamment des millions de laitues Iceberg. L’ensemble rapporte près de 3 milliards de dollars de chiffre d’affaire, et suppose aussi l’emploi de dizaines de milliers d’ouvriers agricoles mexicains qui habitent juste de l’autre côté de la frontière à San Luis Rio Colorado. Certaines parcelles cultivées se trouvent d’ailleurs juste sous la palissade en acier qui sépare les deux pays.

Le plus frappant en circulant dans la zone, c’est l’odeur : noyés sous les engrais, les champs exhalent un doux parfum de phosphate…

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