Hoodoos et Apaches : le territoire de Cochise

Le Sud-Est de l’Arizona était le territoire des Apaches Chiricahua. Jusqu’au milieu du XIXe siècle ce territoire appartenait au Mexique. Quelques éleveurs s’étaient installés dans ces plaines couvertes de prairie, mais les montagnes restaient le territoire exclusif des Apaches. Ceux-ci lançaient des raids contre les nouveaux arrivants, non pas dans l’intention de les refouler mais pour profiter des ressources qu’ils représentaient : du bétail plus facile à saisir que le gibier des montages, des outils ou des armes…En 1853, les États-Unis achètent au Mexique une bande de territoire au Sud de la rivière Gila, afin de pouvoir faire passer plus aisément la ligne de chemin de fer reliant la Californie aux grandes plaines par le Sud. Le territoire apache devient américain, et de nouveaux colons apparaissent – eux aussi sujets aux raids des Apaches.

Le Nord du territoire des Chiricahuas devient rapidement une zone de friction. Le col dénommé « Apache pass » est en effet un passage important pour la “route des immigrants” menant vers la Californie en passant par Tucson : c’est le seul point d’eau permanent à des dizaines de kilomètres à la ronde. En 1858, une ligne de diligence régulière est établie avec un poste à Apache pass, et durant quelques années une coopération se met en place avec les Indiens, qui remplissent un certain nombre de services en échange d’outils ou de biens de troc.

Mais en 1861 les hostilités commencent. Cherchant à récupérer un jeune garçon enlevé dans un ranch, le lieutenant Bascom essaye de prendre Cochise en otage. Celui-ci s’enfuit et rallie ses partisans. Ils s’en prennent désormais aux diligences et à tous ceux qui tentent de traverser Apache pass. En 1862, ils affrontent un bataillon de l’armée de l’Union formé de volontaires venus de Californie pour reprendre l’Arizona et le Nouveau-Mexique aux forces du Sud. Face à l’artillerie déployée par les soldats, les Apaches fuient dans les montagnes. Durant la décennie suivante, les soldats stationnés à Fort Bowie escorteront nombre de pionniers passant par le col, ce qui n’empêchera pas de nombreuses attaques sur les convois isolés.

Comme un symbole, la tête de Cochise surveille les Chiricahua mountains
En 1872 un traité de paix est signé avec les Apaches et toute la région entre les Dragoon mountains, à l’Ouest, et les Chiricahua moutains, à l’Est, est reconnue comme territoire Chiricahuas. Mais un an après la mort de Cochise, en 1877, le gouvernement décide de déporter ces derniers vers San Carlos, au Nord de Tucson, et d’abroger la réserve : les plaines situées sur le piémont des montagnes font décidément de trop beaux pâturages naturels, et il peut y avoir de l’or dans les montagnes… Sous le commandement de Geronimo, un certain nombre d’Apaches résistent à ce déplacement, et ils reprennent les hostilités. Les soldats de Fort Bowie mèneront plusieurs campagnes pour les réduire, notamment en surveillant tous les points d’eau permanents de la région. En 1886 Geronimo se rend et les derniers Chiricahuas qui l’accompagnent sont exilés avec lui en Floride. La voie est finalement libre pour l’expansion des pionniers dans le Sud-Est de l’Arizona.

En 1881 la commune (“county”) de Cochise (un choix de nom un tant soit peu étrange quand on regarde la traque à laquelle les Chiricahuas faisaient face au même moment) est créé, démembré du Pima county (où se trouve Tucson). La ruée vers les pâtures est lancée, d’autant que la ruée vers l’or est en cours à Tombstone, juste à côté. La croissance du troupeau est rapide, trop rapide : déjà 97 445 têtes en 1889, 152 169 en 1910…

Les pâtures sont surchargées et elle ne peuvent faire face, d’autant qu’une série de sécheresses s’abattent sur la région. Sentant qu’il faut agir, d’autant qu’une grande partie des terres ainsi dégradées appartient en fait au domaine public, les autorités réagissent. Des zones sont classées comme “forêts nationales”, en particulier la Chiricahua mountain. Dans les années 1930, une série de règlements viendra préciser comment ces terres peuvent être utilisées comme pâtures, et à quel prix. Le troupeau diminue alors… Il ne compte plus que 91 616 têtes en 1925, et 69 118 au début des années 2000.

Au sein des Chiricahua Mountains, une zone est classée en 1924 comme “national monument”. Il s’agit de la région des “Hoodoos”, que l’on nomme “cheminée de fées” en français. Car avant la violence des hommes, la région a connu un passé géologique agité. Une immense éruption volcanique il y a 27 millions d’années a expulsé des millions de mètres cubes de cendres en fusion, qui se sont solidifiées tout autour du volcan. Leurs qualités chimiques font que l’érosion y taille de monumentales colonnes, les “pierres debout” des Apaches…

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